Débat du jour sur RFI : L’IA est-elle une menace pour l’emploi ? Avec Yann Ferguson, Directeur scientifique du LaborIA

L’intelligence artificielle est-elle une menace pour l’emploi ?

Parmi les enjeux majeurs du déploiement de l’IA dans notre société, la question de ses effets sur l’emploi alimente de nombreux débats. Pléthores d’études sont parus dernièrement pour tenter de projeter l’impact de l’IA sur l’emploi. L’IA va-t-elle supprimer des emplois ? En créer de nouveaux ? Dans quelle mesure ? A quelles mutations devrons-nous faire face ? Comment les accompagner et qui pour les arbitrer ?

Pour débattre, Yann Ferguson, docteur en Sociologie et Directeur scientifique du LaborIA, était aux côtés de Salima Benhamou, docteur en Économie, économiste du Travail à France Stratégie, membre du Comité exécutif du LaborIA ainsi que Manuel Gea, spécialiste de l’IA, fondateur et PDG de l’entreprise BMsystems spécialisée dans la santé.

“Débat du jour” est une émission quotidienne sur RFI, présentée par Romain Auzouy, dans laquelle des experts reconnus abordent une question de société et confrontent leurs points de vue.

LaborIA Explorer – Rapport d’enquête : usages et impacts de l’IA sur le travail au prisme des décideurs

La méthodologie d’enquête

Cette première étude s’inscrit dans le cadre des travaux de recherche scientifique du LaborIA Explorer, conduits par Matrice. L’enquête par questionnaire a été menée au cours de l’année 2022 auprès de 250 décideurs (direction générale, direction des ressources humaines, direction des systèmes d’information, direction de l’innovation) travaillant au sein d’entreprises et d’organisations publiques, de divers secteurs.

Figure 1 – Secteur d’activité : 15% exercent dans le secteur de l’industrie, 15% dans l’administration publique, 14% dans les services financiers, 13% dans le commerce (gros et détail), 9% dans le secteur du BTP, de la construction et des transports. 34% des répondants exercent dans d’autres services.
Figure 2 – Type d’entreprise : 82% des répondants exercent dans une Petite ou moyenne entreprise (PME), 16% dans une Entreprise de taille intermédiaire (ETI) et 2% dans une Grande entreprise (GE).

Figure 3 – Poste occupé par les répondants : 39,2% des répondants travaillent dans un service de ressources humaines, 25,2% dans un service informatique, 22% dans un service financier. Les autres répondants travaillent dans des services de production/gestion des process, marketing/communication, innovation ou autres.

Figure 4 – Utilisateurs : Parmi les répondants, 22% sont utilisateurs de système d’intelligence artificielle (SIA) et le reste (78%) pas utilisateur de SIA.

Les premiers résultats

L’enquête met en évidence les systèmes d’IA (SIA) les plus utilisés, les motifs qui ont présidé à leur mise en œuvre, les freins et obstacles que les projets ont dû lever et les impacts ressentis ou projetés des SIA sur les différentes dimensions du travail.

L’étude soulève deux principaux phénomènes convergents :

  • En matière d’impact sur le travail, les représentations sociales diffèrent selon le degré de familiarité avec l’intelligence artificielle : tandis que ses utilisateurs évoquent largement des impacts positifs, notamment en matière d’autonomie et de savoir-faire, ceux qui n’ont pas expérimenté l’IA redoutent des effets négatifs, notamment un certain délitement du lien social.
  • L’intensité de l’impact ressenti diminue à mesure que les projets d’IA gagnent en maturité. Ainsi, les conséquences pressenties sur le sens donné au travail, l’évolution des savoir-faire et l’autonomie sont très fortes lors des phases préliminaires du projet, puis tendent à baisser au cours des phases de déploiement et d’implémentation.

Figure 1 – Perception croisée des impacts de l’IA sur le travail, entre les utilisateurs et non-utilisateurs de système d’IA : Les utilisateurs représentent 42 répondants et les non-utilisateurs représentent 208 répondants.
Impact très positif : Perçu par 19% des utilisateurs et 1% des non-utilisateurs.
Impact plutôt positif : Perçu par 73% des utilisateurs et 45% des non-utilisateurs.
Aucun impact : Perçu par 8% des utilisateurs et 40% des non-utilisateurs.
Impact plutôt négatif : Perçu par 12% des non-utilisateurs.
Impact très négatif : Perçu par 2% des non-utilisateurs.
Figure 2 – Les impacts sur le travail, entre perceptions liées au vécu et projections hypothétiques : Les utilisateurs représentent ici 38 répondants et les non-utilisateurs, 208 répondants.
Sens donné au travail : Impact perçu par 47% des utilisateurs et 49% des non-utilisateurs.
Responsabilité des salariés : Impact perçu par 54% des utilisateurs et 47% des non-utilisateurs.
Relations interpersonnelles : Impact perçu par 29% des utilisateurs et 43% des non-utilisateurs.
Évolution des savoir-faire : Impact perçu par 68% des utilisateurs et 63% des non-utilisateurs.
Autonomie : Impact perçu par 72% des utilisateurs et 56% des non-utilisateurs.
Autres impacts : Perçus par 25% des utilisateurs et 21% des non-utilisateurs.
Figure 3 – Les impacts ressentis en fonction du niveau d’avancement du projet :
Les impacts ressentis sur l’autonomie, l’évolution des savoir-faire et le sens donné au travail sont élevés mais baissent entre la phase d’expérimentation et le déploiement du projet.
L’impact ressenti sur la responsabilité des salariés est moyen et augmente légèrement après le déploiement.
L’impact ressenti sur les relations interpersonnelles est assez bas en phase d’expérimentation mais augmente lors du déploiement.

Sur la base de ces résultats, on peut déduire que les représentations sociales liées à l’IA peuvent être des freins puissants à son usage dans les organisations. Pour pallier ce phénomène, les acteurs économiques et politiques peuvent s’appuyer sur l’expérimentation concrète des systèmes d’intelligence artificielle dans le contexte professionnel. La sensibilisation, la médiation, la vulgarisation et la formation sont aussi des leviers à activer pour favoriser le déploiement serein de l’IA au travail.

Les résultats des investigations terrain et de l’étude longitudinale en cours viendront compléter et confronter les constats de cette première enquête.